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Bâtir un monde meilleur

Pierre Chénier

Porte-parole du Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (RÉPAQ)

« L’école publique alternative outille l’élève pour qu’il devienne un citoyen autonome, critique, responsable et engagé ». Telle est la position adoptée par le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (RÉPAQ) pour sa première condition intitulée UN MILIEU DE VIE CRÉATIF, RESPONSABLE ET OUVERT SUR LE MONDE (1).

Qu’est-ce que cela implique ? Que tous les membres de la communauté éducative de l’école, élèves, enseignantes et enseignants, parents, directions, éducatrices et éducateurs des services de garde « aient la préoccupation de construire, avec les autres, geste après geste, un monde plus juste et plus solidaire » (2).

Cette préoccupation de l’école alternative québécoise lui vient en partie de ses racines européennes et plus précisément de la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle ou LIEN. Fondée en 1921 lors d’un congrès à Calais, cette ligue regroupait les grands noms de l’éducation nouvelle : Jean Piaget, Maria Montessori, AS Neill, John Dewey, Célestin Freinet, Rudolf Steiner, Édouard Claparède et Adolphe Ferrière, entre autres. Marqués par les dégâts de la Première Guerre mondiale (1914-1918), il s’agissait pour eux de lancer le grand projet d’une éducation internationale. « Pour assurer au monde un avenir de paix, rien ne pouvait être plus efficace que de développer dans les jeunes générations le respect de la personne humaine par une éducation appropriée. Ainsi pourraient s’épanouir les sentiments de solidarité et de fraternité humaines qui sont aux antipodes de la guerre et de la violence  » (3).

La montée du fascisme et la Seconde Guerre mondiale (1935-1945) balayèrent ce mouvement humaniste mais la graine était semée en la personne de Colette Noël qui rencontra Célestin Freinet dans son école de St-Paul-de-Vance et qui, de retour au Québec, fonda la première école nouvelle, l’école Noël, en 1955, en pleine période duplessiste. Une enseignante de cette école, Denise Gaudette, créa à son tour l’école Nouvelle-Querbes en 1967 puis participa avec Charles Caouette à la fondation de la première école publique dite alternative, l’école Jonathan, en 1974.

En septembre 2018, en jeune quadragénaire, l’école alternative réunit actuellement près de 7 000 élèves, dans 45 volets alternatifs et écoles alternatives, répartis dans 24 commissions scolaires du Québec. Ces écoles et volets sont regroupés dans un réseau, le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec ou RÉPAQ.

Pour voir le jour en 2002 et se développer malgré sa petitesse, le RÉPAQ a dû se concentrer sur ses propres besoins, se définir une identité propre, défendre sa place au soleil québécois : il a donc dû négliger les appels de phare qui lui venaient régulièrement de l’international. Le temps est maintenant venu de développer sa dimension internationale, de tisser des liens avec ses complices et amis d’outremer. Et le RÉPAQ n’est pas seul dans le monde à se battre pour une école humaniste. En 2003, est né le Lien pour l’éducation nouvelle qui organise des congrès en France, en Belgique, en Tunisie, en Roumanie. L’océan qui nous sépare de l’Europe et de l’Afrique ne nous empêchera pas de collaborer à ce mouvement. Un premier pas en juin 2019, au congrès de l’ACFAS, le Réseau des chercheurs du RÉPAQ compte organiser un colloque sur l’alternative en éducation et tentera de réunir pour cette occasion des chercheuses et des chercheurs provenant de divers pays et continents.

Le monde de 2018 n’est pas celui de 1921, année de la création du LIEN. Il n’en reste pas moins que les mouvements humanistes, comme le nôtre, doivent encore et encore faire face à un monde où la violence règne en maîtresse, où les exploiteurs de l’être humain traitent de bêtises humanistes la coopération, le partage et le respect, où enfin l’éducation demeure un luxe pour les bien nantis. Comme nos prédécesseurs, nous opposons la force de l’humanisme pour renverser ces déviances inhumaines et bâtir un monde meilleur.

Illustration : Jacques Goldstyn

Notes
(1) L’école publique alternative québécoise. Ses conditions pour naître et se développer (disponible sur le site web du RÉPAQ www.repaq.org).
(2) Idem.
(3) Henri Wallon, dans Pour l’Ere Nouvelle, n°10, 1952.



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