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Éducation et travail des enfants en Inde : défis actuels

Praveen Vempadapu

Directeur de Kidpower India, partenaire de l’organisme Aide internationale pour l’enfance (AIPE)

Aujourd’hui, l’importance de l’éducation est reconnue mondialement. Avec le développement d’emplois axés sur la technologie et un processus de production toujours plus complexe, détenir des connaissances pointues est devenu une nécessité. La plupart des pays du Nord ont rendu l’éducation obligatoire pour les enfants. De leur côté, les pays du Sud ont reconnu l’importance de l’éducation obligatoire, mais ils ont du mal à faire en sorte que tous les enfants soient scolarisés. Dans cet article, les efforts du gouvernement indien pour rendre l’éducation obligatoire en Inde seront évoqués. Nous montrerons aussi que le travail des enfants reste un problème majeur malgré les mesures entreprises par le gouvernement.

Que dit la loi ?

En août 2009, le gouvernement indien a adopté une loi sur le droit des enfants à l’éducation gratuite et obligatoire. Qu’est-ce que cette loi signifie pour les enfants indiens ? Elle stipule que l’école est obligatoire pour les enfants âgés de 6 à 14 ans. Des enfants peuvent également bénéficier d’une éducation gratuite si leurs parents n’ont pas les moyens financiers de les envoyer dans des écoles privées.

Toutefois, la réalité est toute autre. Selon les chiffres du recensement de 2011, 1 enfant sur 4 n’est pas scolarisé en Inde, soit 85 millions d’enfants au total. Parmi eux, 10,13 millions d’enfants de 6 à 14 ans travaillent. Si on définit un enfant comme étant âgé de moins de 18 ans, le nombre des enfants travailleurs atteint 33 millions.

Les filles et les femmes sont d’ailleurs les plus susceptibles de ne pas être scolarisées. Ainsi, parmi les filles et les femmes de plus de 7 ans en Inde, deux fois plus de filles que de garçons n’ont jamais été scolarisées (1). Dans le plus long terme, ces inégalités d’accès à l’éducation entraînent des inégalités à l’emploi pour les femmes, en plus de vivre dans une situation de plus grande pauvreté.

Pauvreté, manque d’éducation et travail des enfants

Quelles sont les causes à l’origine du travail des enfants ? La principale raison qui explique que des enfants soient contraints au travail est la pauvreté au sein de la famille (2). Le besoin d’un revenu supplémentaire est ainsi la principale cause du travail des enfants. Le sentiment de méfiance que ressentent des familles analphabètes vis-à-vis du système éducatif est également un facteur de risque important. Les autres raisons que l’on peut citer sont le manque d’infrastructures scolaires adaptées, la qualité de l’enseignement ainsi que le manque d’intérêt des enfants pour l’éducation. Le genre est également un important facteur à considérer dans une société telle que la société indienne. Les filles sont souvent déscolarisées plus tôt que les garçons afin qu’elles travaillent et s’occupent de leurs jeunes frères et sœurs, ou pire encore, pour être mariées (3). Le risque que les jeunes filles indiennes soient mariées avant l’âge de 18 ans est ainsi de 30 % (4).

Des solutions efficaces existent

L’accès à l’éducation est un élément clé dans la lutte contre le travail des enfants. Les autres solutions à développer seraient l’amélioration des infrastructures scolaires, de la protection sociale et de la sécurité sanitaire ainsi que la garantie d’un meilleur revenu. Un enfant éduqué a les connaissances et les compétences nécessaires pour obtenir un bon emploi et un meilleur revenu. Cela permet aussi à l’enfant de mieux comprendre les questions relatives à sa santé et à son alimentation qui contribuent à son bien-être. Éduquer les enfants aux questions de genre serait également bénéfique. Il a en effet été prouvé que cela permettrait de réduire la fécondité et la mortalité infantile (5).

Malgré l’existence du droit à une éducation gratuite, la question du travail des enfants reste un défi socio-économique de taille. Il faut souligner le travail des ONG dans ce domaine. Des ONG comme Kidpower India ont ainsi commencé à travailler avec des communautés défavorisées, où les problèmes de travail des enfants et de discrimination à l’égard des filles sont très répandus. Kidpower India, en partenariat avec l’Aide internationale pour l’enfance, un organisme basé au Québec, a ainsi mis en place des écoles de transition dans des bidonvilles de l’État de l’Andhra Pradesh. Ces écoles de transition permettent d’aider les enfants travailleurs et les enfants qui ne vont pas à l’école à apprendre les base en langues, en écriture et en mathématiques. En effet, après un passage par une de ces écoles de transition, l’enfant a les bases nécessaires pour rejoindre une école du système scolaire régulier.

Bien que ce ne soit pas populaire, distribuer des « bons scolaires » pourrait être une méthode efficace pour favoriser l’éducation des enfants les plus vulnérables. En effet, en vertu de l’article 12 de la loi de 2009 sur le droit des enfants à l’éducation gratuite et obligatoire, 25 % des places dans les écoles privées doivent être réservées à des groupes défavorisés au niveau d’entrée (classe I ou maternelle) via ce système de bons scolaires. Toutefois, les coûts associés et les objections soulevées par les écoles privées font obstacle à la mise en oeuvre de ce dispositif.

De nombreuses familles pauvres des bidonvilles choisissent d’inscrire leurs enfants dans des écoles privées à bas prix dans l’espoir que ceux-ci aient accès à une meilleure éducation (6). Toutefois, les familles se trouvent parfois dans l’impossibilité de payer les frais de scolarité et l’enfant doit alors arrêter l’école prématurément. C’est la raison pour laquelle, James Tootely (2013) recommande de verser les bons scolaires aux familles les plus pauvres (7). Étant donné que les filles sont généralement les premières de la fratrie à être retirées des bancs d’école, cela pourrait être une méthode efficace pour soutenir l’éducation des filles.

Soutenir activement l’éducation des filles contribuerait aussi à réduire les inégalités et à revaloriser le statut de la femme au sein de la société indienne. Les femmes seraient en effet mieux dotées sur le marché du travail et bénéficieraient de meilleures opportunités d’emploi.

Illustration : François Meloche. Aide internationale pour l’enfance.

Notes

(1) Kamala Marius (2016, 23 novembre). Les inégalités de genre en Inde. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/
le-monde-indien-populations-et-espaces/corpus-documentaire/inegalites-genre-inde#section-0. Consulté le 25/07/2018.

(2) Ahmad, Ayaz (2012) Poverty, Education and Child Labour in Aligarh City-India. Stud Home Com Sci. pp. 165-172.

(3) Komal Ganotra (2016), Flawed Child Labour Law Amendment Economic & Political Weekly EPW august 27, 2016 vol I no 35.

(4) UNICEF (2018, 6 mars). 25 millions de mariages d’enfants évités au cours dernière décennie grâce à une accélération des progrès, selon
de nouvelles estimations de l’UNICEF. URL : https://www.unicef.org/fr/communiqu%C3%A9s-de-presse/25-millions-de-mariages-denfants-%C3%A9vit%C3%A9s-au-cours-de-la-derni%C3%A8re-d%C3%A9cennie. Consulté le 25/07/2018.

(5) Sen (2005), The Argumentative Indian : Writings on Indian History, Culture and Identity, London : Allen Lane (Penguin).

(6) Geeta Gandhi Kingdon (2017), The Private Schooling Phenomenon in India : A Review, IZA DP No. 10612.

(7) James Tottley (2013), The Beautiful Tree : A Personal Journey Into How the World›s Poorest People are Educating Themselves, Washington, DC : Cato
Institute, 2009’



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